Ballets
Giselle
          juillet 25, 2005 21:17
  Giselle

"Giselle" est aujourd'hui considéré comme le point culminant du ballet romantique du XIXème siècle.
Créé neuf ans après "La Sylphide" (1832), "Giselle" est le premier ballet à rassembler en un seul personnage les deux éléments principaux de ce style : le naturel et le surnaturel.
Ainsi, la charmante et simple petite paysanne du premier acte se transformait en la fantômatique Willi de l'acte deux, une dualité qui ne fut pas sans poser de problèmes aux meilleures ballerines de plusieurs générations successives.

Si certains détails ont changé, le ballet à conservé le même esprit depuis le succès de la première représentation à l'Opéra de Paris le 28 juin 1841 avec, dans le rôle principal, Carlotta Grisi dont c'était le vingt-deuxième anniversaire.
Comme sa rivale Marie Taglioni, Carlotta Grisi était italienne.
Grisi avait longtemps hésité entre la danse et le chant et ses cousines, Giuditta et Giulia étaient à la même époque des vedettes de la scène lyrique.

L'avenir de Carlotta prit un tournant décisif lorsqu'elle rencontra Jules Perrot, un extraordinaire danseur parisien, partenaire régulier de Taglioni, avec qui elle vécut maritalement durant plusieurs années. Elle devait ensuite le quitter pour Lucien Petipa qui fut le premier Albrecht de "Giselle".

Grand admirateur de la danseuse, Théophile Gautier eut l'idée de faire de "Giselle" un ballet après avoir lu la légende des Willis dans un recueil de nouvelles de Heinrich Heine. Gautier demanda l'aide de Vernoy de Saint-Georges, littérateur et dandy, afin de tirer de la nouvelle un scénariot adéquat. Saint-Georges ayant conçu la majeure partie de l'acte 1 et la fantaisie romantique de Gautier s'étant donnée libre cours dans l'acte des Willis, le résultat de leurs efforts conjugués séduisit Perrot et Grisi bien plus que sujet que l'Opéra leur avait déjà proposé.

Le compositeur Adolphe Adam, engagé par l'Opéra pour écrire la musique de l'autre projet partageait lui aussi l'enthousiasme des danseurs.
Le directeur de l'Opéra se laissa persuader et offrit à son maître de ballet Jean Coralli de travailler sur "Giselle" avec Adam qui avait déjà à son actif cinq ballets et une douzaine d'opéras-comiques.
Sa partition se révéla être bien supérieure au niveau général de la musique de ballet de l'époque. Conscient de ce que souhaitaient Perrot et Grisi, Adam conçut l'oeuvre comme un opéra léger mais sans paroles et, malgré quelques emprunts, la partition était d'une originalité certaine autant qu'inhabituelle pour le ballet de l'époque.

L'un des traits originaux de cette partition est l'utilisation du Leitmotiv associant une expression musicale ou une mélodie particulière à un personnage, à une situation ou à un sentiment. Autre originalité, l'utilisation précoce du souvenir musical à des fins dramatiques - comme par exemple, lorsque le thème heureux de Giselle est réentendu par la suite sur un tempo plus lent et par bribes après que la duplicité d'Albrech ait fait basculer la raison de l'héroïne.
L'habileté du compositeur est mise en évidence par la variété de rythme et d'humeur des danses qui se combinent pour souligner l'évolution dramatique sous forme d'effet théâtral. De même, les changements de tonalité marquent la différence entre les deux actes.

Par l'union des pas de danse et de l'art du théâtre, le ballet réussit à exprimer plus profondément la psychologie des personnages que les autres ballets de l'époque. les moments clés sont la scène dans laquelle Albrech tente de séduire Giselle, celle où Hilarion, garde-chasse amoureux de Giselle cherche à la convaincre qu'elle commet une grave erreur, et bien sûr, la célèbre scène de la folie de l'héroïne après la trahison d'Albrecht.
Perrot se chargea de la chorégraphie des rôles principaux, laissant à Coralli la charge du corps de ballet et du "pas de deux des paysans".

Ce pas de deux pour le divertissement de la chasse du Duc de Courlande avait été ajouté à la première parisienne pour satisfaire un riche protecteur qui désirait qu'un rôle soit accordé à Nathalie Fitzjames, sa ballerine favorite. Comme ce voeu n'allait pas dans le sens de ce que souhaitaient les créateurs de l'oeuvre, Adam n'en composa pas la musique qui est l'oeuvre de Frédéric Burgmüller. Pourtant, ces danses ajoutées furent si populaires en tant que divertissement qu'elles ont toujours été intégrées au ballet depuis.

Avec les premiers décors particulièrement pittoresques de Pierre Ciceri, tous les éléments se conjuguèrent pour élever, avec "Giselle", le niveau général du ballet et, selon l'expression de Théophile Gautier, "le porter dans une sphère supérieure". Le rôle principal demeure aujourd'hui l'un des plus épuisants sur le plan affectif pour une danseuse. Du bonheur à la brisure après la trahison d'Albrecht à l'Acte 1, puis à la poésie désincarnée du second acte, les exigences du rôle ne sont pas seulement techniques, car il faut encore que la ballerine soit capable d'exprimer la joie, la douleur et la spiritualité bienveillante tout en exécutant les pas de danse.

Après le succès de sa première à Paris en 1841, "Giselle" ne tarda pas à être produite à Londres puis à Saint-Pétersbourg l'année suivante avant d'être montée à Boston et à New-York en 1846. A Londres, Fanny Elssler, viennoise de naissance, dansa une scène de la folie plus dramatique qui devait devenir un modèle pour les générations à venir. En Russie, le grand chorégraphe Marius Petipa (frère de Lucien) effectua diverses transformations pour quatre productions successives entre 1860 et 1899, ceci dans le but d'une meilleure adaptation aux danseurs - par exemple les pas plus importants de Myrtha, reine des Willis, comme pour l'ensemble des Willis.

C'est ainsi qu'un ballet quelque peu différent de l'original parisien nous revint en Europe de l'ouest en 1910-11 avec Serge de Diaghilev et ses Ballets Russes (dans les rôles principaux Tamara Karsavina et Vaslav Nijinski).
Les productions qui ont suivi sont toutes dérivées de celle de Perrot en passant par Petipa et par Nicolas Sergueïev de chez Diaghilev.

Enfin, il ne faut pas oublier de citer la remarquable relecture contemporaine du chorégraphe Mat Eks, version beaucoup plus réaliste d'une Giselle un peu simplette, qui ayant perdu la raison après la trahison d'Albrecht finira ses jours dans un hôpital psychiatrique régenté par l'infirmière en chef Myrtha.


ARGUMENT


Acte 1

Une vallée dans les vignobles des bords du Rhin. Giselle, la fille de l'aubergiste, est courtisée par Albrecht, duc de Silésie déguisé en paysan sous le nom de Loïs, et par Hilarion, le garde-chasse.
Berthe, la mère de Giselle, s'inquiète des conséquences potentiellements tragiques d'un excès de danse sur la santé délicate de sa fille.
Le duc de Courlande et sa fille Bathilde, véritable fiancée d'Albrecht, sont à la chasse. Ils s'arrêtent pour se rafraîchir à l'auberge de Berthe où l'on peut goûter le vin nouveau. Des paysans les divertissent de leurs danses et, lorsque les chasseurs se retirent, Giselle et Albrecht se joignent à la danse des paysans, au cours de laquelle Giselle est couronnée reine des vendanges.
Hilarion révèle alors la duplicité d'Albrecht, et Giselle sombre dans la folie avant de mourir, le coeur brisé.

Acte 2

La tombe de Giselle dans une clairière. Hilarion, puis Albrecht viennent successivement pleurer sur la tombe.
L'ombre de Giselle apparaît à Albrecht; elle appartient maintenant au groupe des Willis que mène Myrtha et qui sont les fantômes des jeunes filles mortes d'avoir été rejetées par ceux qu'elles aimaient.
Poursuivi par la troupe, Hilarion est contraint de se noyer dans le lac voisin après avoir dansé jusqu'à épuisement, mais Albrecht est protégé par l'amour de Giselle. Avec son aide, il luttera contre les Willis jusqu'à l'aube, moment où leur pouvoir se dissipe et, avec lui, l'ombre de Giselle. Albrecht demeure en vie, mais il reste seul.




     

     
 

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